VILLE DE LOUDUN (86) - 1ère ÉDITION

 
Copie de l'arrêté donné contre Urbain Grandier
Copie de l'arrêté donné
contre Urbain Grandier
 

L’histoire…

En 1632, dans le couvent des Ursulines à Loudun, les sœurs affirment voir des fantômes et être ensorcelées par le curé de l’Église Saint-Pierre-du-Marché, Urbain Grandier.

Faisant preuve de tolérance envers les protestants de Loudun et d’impertinence à l’égard des notables locaux, Urbain Grandier attire l’attention de l’homme fort du royaume de l’époque, le cardinal de Richelieu. Urbain Grandier publie notamment un violent pamphlet contre celui-ci.
En outre, Urbain Grandier s’oppose fermement à la destruction de la citadelle de la ville. En effet, la ville abrite un grand nombre de protestants. Henri IV leur avait permis d’avoir des places fortifiées, mais les murailles de certaines de ces villes sont détruites. Richelieu à l’époque fait construire sa ville, toute proche. La tolérance d’Urbain Grandier envers les protestants et ses critiques jouèrent en sa défaveur.

C’est une sœur du couvent se disant possédée par le démon qui lâche le nom d’Urbain Grandier. Un procès en sorcellerie est instruit sur la demande de Richelieu. On procède à de nombreux exorcismes sur les sœurs. Ils durent parfois pendant plusieurs mois. On cherchera également un pacte avec le Diable signé de la main d’Urbain Grandier; on tentera même d’en trouver un sur le corps même des sœurs. On tente alors de découvrir une zone insensible sur leurs corps, preuve du contact avec la griffe du démon.

Biographie d’Urbain Grandier

Fils d’un notaire royal de Sablé-sur-Sarthe, Grandier fut, après son noviciat, nommé à 27 ans curé de l’Église Saint-Pierre-du-Marché et chanoine de la Collégiale Sainte-Croix de Loudun, dans le diocèse de Poitiers en juillet 1617. Il avait acquis une réputation de séducteur et semble avoir eu plusieurs liaisons. En 1632, quelques religieuses du couvent des Ursulines de la ville l’accusèrent de les avoir ensorcelées, en leur envoyant, entre autres, le démon Asmodée, pour les amener à commettre des actes impudiques avec lui.

Les critiques modernes qui ont étudié l’affaire estiment que les accusations ont commencé après le refus de Grandier de devenir le directeur de conscience du couvent, sans se douter que la mère supérieure, Sœur Jeanne des Anges, était devenue folle de lui après l’avoir vu de loin et avoir entendu parler de ses exploits amoureux. On pense que, mise hors d’elle par ce refus, Jeanne proposa cette place de directeur au chanoine Mignon, ennemi juré de Grandier qu’elle accusa alors d’avoir employé la magie noire pour la séduire. Les autres nonnes se mirent peu à peu à lancer des accusations du même genre. Bien des érudits modernes y voient un cas d’hystérie collective. Grandier fut arrêté, interrogé et jugé par un tribunal ecclésiastique, qui l’acquitta.

Malheureusement pour lui, Grandier s’était, pour l’avoir publiquement attaqué en paroles, attiré l’hostilité du puissant cardinal de Richelieu qui ordonna un nouveau procès, qu’il confia à un homme spécialement envoyé par lui : Jean de Laubardemont, un parent de la mère supérieure. On refusa à Grandier, arrêté de nouveau à Angers, le droit de faire appel au Parlement de Paris. Interrogées une deuxième fois, les soeurs (et jusqu’à la mère supérieure) ne répétèrent pas leurs accusations, mais cela ne changea rien à l’issue du procès.

Après avoir torturé Grandier, les juges (Laubardemont, Lactance, et Tranquille) produisirent des documents prétendument signés par le prêtre et plusieurs démons comme preuve qu’il avait passé un pacte diabolique. Un des actes était écrit en latin et se donnait comme signé par Grandier ; un autre, presque illisible, comportait une foule de symboles étranges et était « signé » par plusieurs démons avec leurs cachets, aussi bien que par Satan lui-même (une signature se lit nettement Satanas). On ne sait pas si Grandier a écrit ou signé de tels actes sous la contrainte, ou s’ils ont été entièrement contrefaits.

Malgré la défense de son ami Claude Quillet, Grandier fut reconnu coupable et condamné à mort. Les juges ordonnèrent sa mise à la « question extraordinaire ». Le 18 août 1634, Urbain Grandier est condamné à mort, soumis à la « question extraordinaire ». Malgré la torture qu’il redoutait, Grandier refusa d’avouer ce dont on l’accusait et jura toujours être innocent. Il fut brûlé vif sur la place qui porte aujourd’hui son nom.